
Parmi les lesbiennes, les expressions de genre sont variées. Tandis que les lesbiennes adoptant une apparence plus masculine sont souvent qualifiées de « butch », celles qui affichent une esthétique plus féminine sont appelées « fem ». Pourtant, ces dernières font parfois face à des jugements : certaines les perçoivent comme hétérosexuelles, d’autres les accusent de se conformer aux attentes du patriarcat. Mais est-ce vraiment incompatible d’être lesbienne et de choisir une expression de genre féminine ? Tous les détails ici !
Lesbienne : origine et évolution du terme
À l’origine, le mot « lesbienne » n’avait aucun lien avec l’amour entre femmes, ni même avec l’amour tout court. Il désignait simplement les habitants de l’île de Lesbos, la troisième plus grande île de Grèce, située dans la mer Égée. Les hommes de cette île étaient appelés « Lesbiens » et les femmes « Lesbiennes ».
C’est sur cette île qu’est née Sappho, une célèbre poétesse du VIe siècle av. J.-C., qui a marqué l’histoire par ses écrits. Admirée de son vivant, Sappho a été qualifiée de « dixième muse » par Platon, un hommage exceptionnel, puisque la mythologie grecque n’en reconnaît traditionnellement que neuf, filles de Zeus. Cette reconnaissance souligne l’influence et l’importance de son œuvre à son époque.
Sappho est devenue une figure emblématique de l’identité lesbienne grâce à ses poèmes, souvent marqués par une grande admiration et affection envers les femmes. Bien que ses écrits aient été largement interprétés de manière hétérocentrée par le passé, ils ont jeté les bases de son association avec l’amour entre femmes. Aujourd’hui, seuls quelques fragments de ses poèmes ont traversé le temps, mais leur portée reste immense dans l’histoire littéraire et dans l’imaginaire collectif.
Les lesbiennes fem : une identité entre invisibilité et subversion
Souvent perçues comme hétérosexuelles et moins visibles que les butchs, les lesbiennes fem peinent encore à trouver une place pleinement assumée dans la société. En affichant une esthétique féminine – maquillage, cheveux longs, talons – elles se heurtent à un double regard : celui du sexisme et celui d’une communauté qui peut parfois les pousser à adopter des codes plus masculins pour être reconnues. Une identité bien plus complexe qu’elle n’en a l’air.
« Les Dr. Martens, c’est pour affirmer ton côté queer ? Et la coupe sidecut, c’est pour quand ? » ironise Sara, une jeune femme ayant récemment fait son coming-out lesbien. Ces remarques, qu’elle entend souvent dans son entourage, reflètent les stéréotypes auxquels elle est confrontée.
Mère en bons termes avec le père de sa fille, elle avoue éprouver des difficultés à se sentir à l’aise dans la communauté lesbienne. « Sur les applis de rencontre, on me propose systématiquement des plans à trois avec des hommes cis, comme si c’était évident que ça me plairait », raconte-t-elle.
Cette suspicion quasi automatique d’hétérosexualité envers les femmes féminines n’est pas un phénomène nouveau. Selon Marie Kirschen, journaliste et rédactrice en chef de la revue lesbienne Well Well Well, elle est profondément ancrée dans les structures patriarcales et hétérosexuelles. « Les identités fems sont parfois considérées – à tort selon moi – comme moins radicales, car elles apparaissent plus proches des normes hétérosexuelles. En ayant une expression de genre féminine, on dévie moins des conventions de genre assignées aux femmes. »
Mais si la féminité semble de prime abord moins subversive, elle ne l’a en réalité jamais été. Des autrices comme Joan Nestle, dans son livre Fem, Wendy Delorme, dans son autofiction Quatrième génération, ou encore Itziar Ziga, dans son essai Devenir chienne, explorent la dimension politique et transgressive de cette identité. Ces récits nous rappellent que les fems continuent de bousculer les normes, tout en portant encore le poids de nombreux clichés.
Une identité sous le prisme du female gaze
« Que ce soit dans ou hors du milieu lesbien, on observe une forme de dépolitisation. Adopter des codes féminins te fait passer pour moins intelligente et moins forte, c’est un pur produit du sexisme », analyse Anne-Fleur Multon, autrice française. Pour les lesbiennes fem, s’afficher ainsi peut être vécu comme un double fardeau : non seulement elles subissent la présomption d’hétérosexualité et des remarques stéréotypées, mais elles se retrouvent parfois enfermées dans un « double placard ».
« Revendiquer son identité en tant que fem est difficile », confie Anne-Fleur Multon. « La plupart des fem qu’on imagine ont un passing hétéro. Cela crée une honte implicite d’avoir une apparence qui, visuellement, semble enfermée dans le placard. »
Cependant, l’expression de genre des lesbiennes fem bouleverse les normes hétérosexuelles : leur féminité n’a pas pour vocation de séduire le regard masculin. Pour Marie Kirschen, « affirmer une féminité destinée à séduire les femmes, et non les hommes, est un acte radical. »
Elle poursuit : « Être fem implique une réflexion profonde sur sa présentation. Ce n’est pas simplement adopter des codes féminins par habitude ou pour plaire aux hommes. C’est une démarche consciente, une manière de se sentir alignée avec son identité et d’exprimer une féminité qui s’adresse aux femmes. Cette approche questionne le lien entre apparence et nature, en réaffirmant que le look féminin est une construction sociale et non une essence. »
Cette réappropriation des codes féminins sous un lesbian gaze se traduit souvent par des choix stylistiques marqués, mêlant féminité et subversion queer. Cela peut être, par exemple, le port d’une robe tout en gardant ses poils, ou encore l’association de cheveux longs avec une coupe undercut. Ces détails, loin d’être anodins, interrogent et redéfinissent l’espace public tout en affirmant une identité singulière et revendiquée.
Une accumulation de stigmates
Pour Audrey, une femme noire, lesbienne et parent quadragénaire, affirmer son identité n’a pas toujours été simple :
« Par moments, j’ai ressenti le besoin de justifier qui je suis et pourquoi j’étais présente dans des espaces lesbiens, simplement à cause de mon apparence. J’ai tous les codes de la féminité : cheveux longs, ongles soignés, maquillage, bijoux. Et le fait d’être mère me fait immédiatement passer pour hétéro. Au départ, je pensais que sortir avec des femmes ayant des enfants serait plus simple, mais cela apporte aussi son lot de complications. Être parent peut aussi devenir un obstacle. »
Lorsqu’une lesbienne fem se situe au croisement de multiples discriminations, comme le racisme, la transphobie, le validisme, le classisme ou encore la grossophobie, ces oppressions s’entrelacent, rendant le coming-out et une vie sociale apaisée encore plus difficiles. Anne-Fleur Multon souligne l’impact de cette superposition d’injustices, qui complique davantage la possibilité de vivre sereinement son identité.
Bienvenue sur mon blog, je partage astuces et trouvailles pour inspirer les femmes à vivre pleinement. Dans mon univers, où la féminité s’exprime sans fioritures, au gré de mes conseils authentiques et de mes découvertes audacieuses. Bonne lecture 🙂